Canta, une sélection

La blessure – 1989- Relief de sable et pigments – 89 x 116 cm

Raymond Canta, le peintre pèlerin

Un texte de Françoise Verny, auteure, éditrice

Le petit homme râblé me séduit avec ses yeux clairs et son sourire enfantin. Il ma parle de la peinture comme un moine de la prière : un chemin vers Dieu. Je regarde ses grosses mains tachées d’artisan et je pense que le Seigneur aime ces ouvriers qui travaillent à sa gloire avec de la matière : de l’œuf, du sable, de l’huile, de la gouache, des pinceaux… Je n’ai jamais eu de don artistique. Je visite peu d’expositions. Je ne me prétends donc pas particulièrement compétente. Mais l’univers de Raymond me frappe par sa puissance. Il va à l’essentiel : la lumière, l’ombre, le volume.

Une toile de lui me hante depuis que je l’ai vue : La Blessure. Sur un fond noir se détache un chiffon blanc dont le bas est effrangé. Ces déchirures laissent deviner toute la misère du monde, mais avec une discrétion, une pudeur qui portent la marque du créateur. Rien, ou presque rien, et une force d’évocation infinie.

Je rêve de ce tableau. Ni figuratif ni abstrait. Simple et fondamental.

J’ai acheté une petite composition signée par lui que j’ai placée sur mon bureau, devant ma lampe. Je la contemple sans savoir ce qu’elle représente. Avec ses beiges et ses gris, saupoudrés de charbon, égayés çà et là par des touches de blanc, de bleu et de rose. J’y découvre le mystère de l’être toujours en mouvement, toujours inachevé. De l’obscurité surgit toujours des lueurs. Encore faut-il les chercher.

Raymond est ce modeste – trop modeste – quêteur d’absolu, qui me fascine. IL travaille pour celle qu’il aime, sa femme Florence, et pour la postérité sans doute. Il ne cherche pas le succès, ne se préoccupe pas des modes, des critiques. Il s’enferme dans son minuscule atelier de la rue Au Maire comme Fra Angelico dans sa cellule.

Fra Angelico, dont nous avons découvert simultanément, l’un et l’autre, une lettre qui illumine la nuit :

« Dans chaque chose que nous appelons une épreuve, un chagrin ou un devoir, se trouve, croyez-moi, la main de l’ange ; le don est là, ainsi que la merveille d’une présence adombrante. De même pour nos joies : ne vous en contentez pas en tant que joies ; elles cachent aussi des dons divins.
La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleine de beauté au-dessous de son enveloppe, que vous vous apercevrez que la terre ne fait que recouvrir le ciel. Courage donc pour le réclamer. C’est tout.
Mais vous avez du courage et vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leur patrie… »

Raymond Canta, ou le pèlerin de l’éternel.

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